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L'Agenda n°7 > Zoom sur...

 
« The American balanced scorecard versus the French tableau de bord :
the ideological dimension »
 
Annick BOURGUIGNON, Professeur à l’ESSEC, reçoit le prix David SOLOMONS, qui récompense le meilleur article de l’année de la célèbre revue Management Accounting Research, pour son article intitulé « The American balanced scorecard versus the French tableau de bord : the ideological dimension ».
 
Publié en juin 2004 dans la revue de référence Management Accounting Research, l’article d’Annick BOURGUIGNON et de ses deux co-auteurs Véronique MALLERET, Professeur à HEC et Hanne NOERREKLIT, Professeur à l’Aarhus School of Business au Danemark, a été récompensé en juin dernier par le Prix Solomons. Délivré par les rédacteurs et comité de rédaction, le prix du nom du Professeur David SOLOMONS, récompense les travaux de recherche significatifs qui contribuent à l’avancée des sciences du management et du contrôle de gestion.

Cet article se propose de montrer que les différences entre deux instruments de gestion de même type (balanced scorecard et tableau de bord) peuvent s’expliquer par leurs présupposés idéologiques. Par idéologie, on entend les croyances, connaissances et idées qui contribuent à maintenir l’ordre social, à savoir faire obéir les membres du groupe social et gérer l’incertitude. L’article défend l’idée que ces croyances varient selon les groupes sociaux, donc selon les cultures, et qu’elles sont inscrites dans les dispositifs de gestion développés localement.
 
Au-delà de leurs points communs (nombre limité d’indicateurs financiers et non-financiers), balanced scorecard et tableau de bord sont différents. Le balanced scorecard identifie a priori quatre grandes catégories d’indicateurs, à partir d’un modèle causal générique de la performance. Il se déploie en cascade du haut en bas de l’organisation, offrant ainsi un support privilégié aux rémunérations variables. Comparativement, le tableau de bord ne repose pas sur un modèle universel de la performance, laissant aux acteurs locaux le choix de leur modèle et de leurs indicateurs – qui seront donc potentiellement différemment selon les niveaux hiérarchiques, et pas forcément utilisés pour fonder des rémunérations variables.
 
Ces différences s’expliquent par les croyances qui prévalent en France et aux Etats-Unis en matière d’ordre social. Le rôle des instruments de gestion dans la construction des hiérarchies sociales et dans la gestion de l’incertitude y est totalement différent. En France, où il existe une subtile hiérarchie du noble et du vil entre les groupes et les activités sociales, la promotion sociale passe peu par la performance individuelle et la sécurité est d’abord apportée par les institutions sociétales. Un instrument qui, comme le balanced scorecard, dicterait la voie à suivre pourrait porter atteinte à l’honneur (perçu) de chacun. Au contraire, aux Etats-Unis, dans une société d’individus égaux et libres de contracter entre eux, le balanced scorecard représente un modèle de «  contrat » qui offre un fondement reconnu et accepté à la construction des hiérarchies sociales et à la réduction de l’incertitude, peu prise en charge par la société américaine.
 
Cet article invite à s’interroger sur les dimensions cachées des instruments de gestion et au-delà, propose des pistes pour l’analyse des résistances qu’ils peuvent susciter.
 
Titre original : « The American balanced scorecard versus the French tableau de bord: the ideological dimension », Management Accounting Research, 15, 2, June 2004, 107-134 (with V. Malleret and H. Nørreklit)
 
ANNICK BOURGUIGNON, Professeur à l’ESSEC au sein du Département Comptabilité – Contrôle de Gestion , s’intéresse tout particulièrement aux dimensions sociologiques et psychologiques des instruments de gestion et à l’appropriation des systèmes de gestion de la performance.
 

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